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Le « Mot » du président


 

(Le texte ci-dessous a été rédigé par le président de la FNACAV, M. Alain Legrand, dans le cadre de l’Assemblée Générale du 1er avril 2016. Ce texte est extrait du rapport moral et d’activité 2015).

 

             « Je voulais tout d’abord remercier tous les membres du conseil d’administration pour leur investissement et soutien dans notre fédération. Remercier également nos adhérents engagés avec nous et dont les actions et le professionnalisme sont le cœur même de la Fnacav.

            L’année 2015 a notamment été celle d’une réflexion partagée et encore en partage sur le sens et la pratique des stages de responsabilisation. La légifération sur l’obligation posée à des auteur-e-s de violences de suivre ce type de stage, lorsque les violences ne dépassent pas un certain seuil de gravité et de réitération, est une grande avancée en termes de prévention de la récidive. Elle vient ainsi montrer l’évolution positive de l’institution judiciaire à l’égard de personnes considérées comme délinquantes en leur permettant de se repositionner autrement que dans les effets d’une pure et simple sanction face au délit qu’ils ont commis. Ceux-ci conservent leurs vertus inhibitrices, du moins pour certains, mais n’empêchent pas la réitération sous une forme ou une autre, parfois à l’insu du sujet lui-même, notamment dans certaines formes de violences psychologiques.

            Cet espace de ré-flexion et de remise en cause ainsi proposé, remise en cause non seulement de soi face à son acte, mais également face à ce qui le motive, ses conséquences, conséquences sur les autres, ses proches, ses conséquences sociales et ses significations conscientes et inconscientes, ouvre la porte à la parole et à d’autres espaces de pensées qui permettent à ces personnes de confronter des parties d’elles-mêmes (croyances, stéréotypes, modalités relationnelles, modes de pensée…) à d’autres points de vue, à leurs éventuelles contradictions internes, au constat des répétitions, de l’impulsivité, leurs difficultés à dire, à gérer leurs émotions et bien d’autres difficultés.

            Confronter ici doit se comprendre au sein de la dynamique de groupe qui peut s’instituer dans ce cadre pour ensemble, aller « de front », examiner, rapprocher, comparer, noter les ressemblances et les différences, entre soi et les autres, ceux qui sont là comme soi, mais également celles des intervenants et des idées qu’ils véhiculent. Confronter pour permettre l’élaboration nécessaire à l’intégration psychique grâce, in fine, à l’adhésion du sujet au programme que nous lui proposons. Confronter se sous-tend également du sens d’un accompagnement à…  ce n’est pas tant « en face de » « qu’à coté de » que se joue notre rôle d’intervenant et celui de chacun des membres du groupe. Partir d’où ils sont pour les mener là où nous souhaiterions les voir cheminer, se mettre en mouvement, et non pas se figer et se raidir. Car mettre en route de la pensée est sans doute l’objectif final de ces stages ou le but que nous pouvons espérer atteindre.

            Certes nous ne nous leurrons pas et savons que la répétition les guettera encore comme possible, mais cette expérience peut les conduire à prendre les devants face au constat du risque s’aggravant ou de la répétition. Ce n’est pas un vœu pieu comme le montre l’expérience, la mienne bien sûr, mais également celle de bien d’autres. Et nombre de ces personnes suivies au bout de ce court espace de temps imparti, repartent en ayant un sentiment de réassurance et un désir de changement, non seulement par rapport aux actes qu’ils ont commis, mais également sur les modalités relationnelles qu’ils établissent avec eux-mêmes et les autres. Au mieux, leurs réponses futures devant les difficultés ou leurs propres impulsions ne se résumeront pas seulement en termes d’inhibition ou de fuite, mais d’appropriation au sens de la nécessaire reconnaissance de la responsabilité que l’on porte et de l’engagement conséquent qui en découle : se faire aider…

            L’occasion de ces stages pour des justiciables est celle de pouvoir montrer que la Loi ne renvoie pas seulement à une « exigence de soumission » voire de réparation mais également ou à la place, à une nécessité intégrée en soi, allant de soi si je puis dire, se sublimant en éthique ou morale, valant comme point d’appui pleinement accepté pour orienter ses conduites. Ces points d’appui ne sont pas référents à un arbitraire quelconque mais s’étayent eux-mêmes et plus aujourd’hui qu’hier, sur les nécessités qu’imposent le « savoir » en général, et la régulation des échanges interhumains dans une société moderne.

            Plus qu’un savoir rhétorique ou théorique, il s’agit pour nous d’un savoir signifiant pour eux, c’est-à-dire raccordé à leur expérience. Le savoir ici, ce peut être savoir ce qu’est un traumatisme… et par-delà peut être, ce qui a pu être traumatique pour soi, sans peut-être même avoir pu être pensé comme tel. Savoir ce qu’est un enfant, un nourrisson au risque de retrouver des parties de soi douloureuses, notamment lorsque l’on pense au mal que l’on a peut-être fait au sien lorsqu’il vous a vu insulter, crier, pousser et gifler sa maman…

            C’est aussi savoir que la Loi n’est pas forcément à référer à celle de l’arbitraire, celle d’un père violent ou d’une mère (trop) autoritaire… D’ailleurs ce dernier a bien souvent eu lui-même un père violent, voire plus violent… De générations en générations, d’histoires à l’Histoire, celle des femmes en particulier, ces stages nous permettent de donner sens à la Loi, aux lois. De les relier aux nécessités de la vie en communauté, de « l’autonomisation » qu’elle permet en levant la contrainte de faire justice soi-même en référent à un tiers. Ceci ne sera pas sans échos avec le développement personnel et la nécessité de sortir des rapports duels, trop fusionnels, qui précisément enferment, renforcent la dépendance et restreignent l’autonomie. Le sentiment d’injustice est souvent présent chez nos sujets, non seulement parce qu’ils sont confrontés à la justice, mais parce que, intrinsèquement, ils en sont porteurs. Ce qui influence fortement les relations qu’ils entretiennent avec les autres, notamment les proches. L’évoquer et en développer quelques fondements peut contribuer à réduire les projections, mêmes si appuyées sur des bases réelles, qu’ils opèrent sur les autres.

            Être responsable c’est « répondre de », « se porter garant de ». C’est accepter le poids de sa faute, non seulement comme le franchissement d’un interdit social pour lequel on devrait éventuellement payer, être sanctionné, mais bien également peser, penser le dommage infligé à l’autre, aux autres par l’exercice de sa violence. C’est en assumer l’énonciation, l’effectuation, la sanction voire la réparation. C’est accepter de souffrir en pensant les souffrances de l’autre, accepter d’en être l’auteur, et d’éprouver peut-être des premiers mouvements empathiques à l’égard de cet autre que l’on a blessé et comprendre que ce que l’on a fait n’est pas acceptable.

            Ce n’est pas le discours d’un homme qui nous dit qu’il ne recommencera pas pour ne pas aller en prison que nous attendons, mais bien celui d’un homme capable de compassion de sollicitude et d’empathie, qui entend que la société a posé un interdit, une limite, à la violence interpersonnelle et dans le couple, comme un progrès vers une humanisation  des relations entre les femmes et les hommes. Rendre responsable ne se résume alors pas à une énonciation de la faute et de la culpabilité qui devrait s’en dégager. Une énonciation qui ne serait que la reprise d’une parole que nous portons. Responsabiliser, serait plutôt un mouvement pour conduire l’autre à cette énonciation en passant d’abord par un travail d’élaboration à-même de permettre au sujet d’affronter l’angoisse et de sentir qu’il peut s’engager là sans s’écrouler ou se soumettre,  et au contraire découvrir un bénéfice de développement personnel dans l’opportunité qui lui est donnée de réfléchir à sa vie et partager ses expériences et ressentis.

            Il faut donc d’abord que le sujet s’engage, s’exprime, exprime, fasse connaître quelque chose de sa violence par le langage pour qu’il s’en saisisse sans trop de craintes ou de mouvements défensifs. A cet égard, le groupe, par ses fonctions contenantes, peut le permettre. Comme il peut permettre, par l’écoute de la parole des autres, qu’une parole d’abord extérieure devienne sienne, non pas parce qu‘elle est dite par un autre, mais par un même, un autre moi qui me permet de penser à moi et finalement de dire soi… »

            En vous remerciant, pour la FNACAV, Le Président, Alain LEGRAND

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